Les relations Est/Ouest 1945 – 1990

Les relations Est/Ouest.
Serge NDOUR

Serge NDOUR

MR Serge Ndour est Professeur d'HG au lycée de Ndangalma et enseignant vacataire au département d'histoire de l'ucad. Doctorant en Égyptologie a l'Ucad, Il est titulaire du Diplôme D'Etudes Approfondies en Égyptologie et Antiquités Africaines. Il est titulaire du CAES (Certificat d'aptitude a l'E Enseignement Secondaire.)

Histoire

Terminales L2

Objectif Général : Connaître les événements saillants qui déterminent la marche du monde au lendemain de la deuxième guerre mondiale jusqu’aux années 1990.

Problématique : Comment et par quelles phases et façons la Guerre Froide a structuré et organisé les relations internationales et la marche du monde de 1945-1990 ?

Objectifs Spécifiques

  • OS 1 : Connaître les événements saillants qui déterminent la marche du monde de 1947 à 1953.
  • OS 2 : Connaître les événements saillants qui déterminent la marche du monde de 1953 à 1975.

INTRODUCTION

La fin de la seconde guerre mondiale se traduit par une configuration géopolitique mondiale inédite à l’échelle de l’histoire ; l’émergence de deux supergrands : les USA, hérauts du système capitaliste de démocratie libérale, et l’URSS, héraut du système communiste de démocratie populaire. Après une alliance conjoncturelle durant la seconde guerre mondiale, les deux superpuissances, aux modes de vie opposés et aux prétentions universelles,  se regardent désormais avec méfiance ce qui conduit à une rupture en 1947. Entre eux, l’affrontement est inéluctable. Il prend la forme d’une Guerre Froide. Conflit d’un type nouveau, la guerre froide se manifeste principalement par une bipolarisation du monde, un profond antagonisme Est/Ouest qui dure de 1947 à 1990 avec un conflit permanent et systématique sur le plan idéologique, économique, culturel, militaire, spatial… Toutefois, elle ne conduit pas pour autant à un affrontement armé direct et généralisé des deux blocs. Les deux adversaires vont recourir à tous les moyens de l’intimidation, de la propagande, de la subversion (révolution), voire de la guerre locale (conflits périphériques) tout en s’abstenant d’en venir aux armes l’un contre l’autre.

Cette guerre froide qui a organisé et même dominé les relations internationales (de 1947-1990) comporte plusieurs étapes :

  • de 1947 à 1953 : De la mise en place des blocs ou guerre froide et de la logique bipolaire
  • de 1953 à 1975 : De la coexistence pacifique à la détente et de la logique bipolaire
  • de 1975 à 1990 : De la guerre fraîche à un monde multipolaire.

I – 1947-1953 : De la mise en place des blocs ou guerre froide et de la logique bipolaire.

       A – De la fin de la grande alliance

Déjà à la conférence de Potsdam (17 Juillet – 02 Août 1945) les alliés étalaient au grand jour leurs divergences. J. Staline voulait la désindustrialisation et le démantèlement des usines allemandes au profit de l’URSS et la mise en place d’une démocratie populaire alors que H. Truman était hostile à cette idée et entendait fonder sur les ruines du nazisme une démocratie libérale. Aussi, la non-consultation des Soviétiques, pour la formation des gouvernements en Europe libérée exacerbe le climat de suspicion et de méfiance entre alliés. Ce non-respect des accords de Potsdam était le fruit d’un nouveau contexte géopolitique. L’Allemagne avait capitulé, les USA disposaient de la Bombe Atomique et du coup le soutien soviétique sur le front japonais ne s’avérait plus aussi nécessaire d’autant plus que Truman redoutait l’influence communiste sur l’Europe occidentale grâce au prestige accru de Moscou. Fort de ce « parapluie atomique », les USA privent l’URSS de toute aide avec la fin du « prêt bail ». C’était le prélude de la fin de l’alliance contre nature de 1941 précipitée par quelques crises telles que :

  • L’absence d’accords sur les orientations politiques en Allemagne encourage les puissances occupantes à instaurer des systèmes idéologiques différents.
  • La non-résolution de la question des frontières entre la Pologne et l’Allemagne pousse l’URSS à expulser des Allemands à l’Est de la ligne ODER-NEISSE.
  • Winston Churchill au cours d’un discours (05 Mars 1946 à Fulton dans le Missouri aux USA) dénonce le « rideau de fer » descendu à travers le continent européen. (C’est le premier grand discours de la guerre froide).
  • Les occidentaux accusent l’URSS d’être responsable des guerres en Corée (1945), en Indochine (1946), des guerres civiles en Grèce et en Chine (1949) et d’imposer des gouvernements communistes en Hongrie, en Roumanie et surtout en Tchécoslovaquie (Coup de Prague en 1947).

La rupture intervient en 1947 lorsque les USA annoncent leur ferme volonté de stopper l’expansion communiste sans pour autant le combattre directement. En guise de réponse, l’URSS,  à travers la doctrine Jdanov, présente le monde comme divisé en deux blocs ; le bloc anti-impérialiste et démocratique (l’URSS et ses satellites) et le camp impérialiste (USA, l’Angleterre, la France…). C’en était fini de la Grande Alliance, le monde entrait dans une période marquée par une bipolarisation.

      B – La mise en place des blocs et l’entrée en Guerre Froide

C’est la doctrine Truman consécutive au discours de W. Churchill qui constitue le premier acte de la Guerre froide. Très vite, autour des deux superpuissances s’organisent, à travers un réseau d’alliance, deux blocs idéologiquement, économiquement, militairement et culturellement opposés.

Dans le bloc de L’Ouest, le 12 Mars 1947, H. Truman (1884-1972, 33e président des USA de 1945-1953) présente une politique dont l’objectif était de stopper l’expansion du communisme et de l’URSS dans le monde. Appelée « doctrine Truman » ou « Containment » ou encore « politique de l’endiguement », elle se traduisait par le soutien économique et financier des USA aux gouvernements menacés par le communisme comme la Grèce et la Turquie. A l’intérieur même des USA, le sénateur du Wisconsin, Joseph Raymond McCarthy (1908-1957), est l’initiateur d’une violente campagne anticommuniste : le maccarthysme.

Dans le prolongement du containment et sur proposition du général Georges Catlet Marshall (1880-1959), les USA  établissent l’ « endiguement économique» à travers l’European  Recovery Program plus connu sous le nom de plan Marshall. Il s’agissait d’attribuer une aide financière et matérielle à tous les pays ruinés par la guerre qui en feraient la demande. L’objectif de ce plan était de permettre la reconstruction de l’Europe mais aussi d’étendre et de consolider l’influence américaine dans le monde. Seize pays européens acceptent cette aide. La coordination des activités économiques des pays bénéficiaires s’effectue, dès 1948, par l’intermédiaire d’un organisme prévu à  effet : l’Organisation Européenne de Coopération Economique (OECE)  qui répartit les fonds et les dons accordés par l’administration américaine.

La division idéologique et économique se triple d’une division militaire à travers des alliances sous l’influence de la « pactomanie » américaine. Ainsi, l’OTAN, regroupant les pays de l’Europe de l’Ouest sous le commandement des USA, est créée le 04 Avril 1949. En Asie du Sud-Est est créée l’OTASE en 1954, au Moyen-Orient, en 1955, le pacte de Bagdad, dans le pacifique le Conseil du Pacifique et le traité de paix avec le Japon est signé en 1952.

Dans le bloc de l’Est, en réplique à la doctrine Truman et au plan Marshall, Andrei Jdanov (1896-1948) souligne la division du monde en deux camps opposés et fixe les tâches du camp socialiste. Celles-ci sont de défendre l’URSS dont les autres pays de l’Est, gommant leurs caractères nationaux, sont invités à copier le modèle. La coordination de ces tâches est assurée par le Kominform, abréviation, en russe, de Bureau d’information des partis communistes. Ne se voulant pas une restauration de l’Internationale Communiste (Komintern), le Kominform se fixe pour mission de coordonner l’action des partis communistes européens dans la conjoncture de la Guerre Froide, en s’inspirant du rapport Jdanov ou doctrine Jdanov. L’escalade de la Guerre Froide va précipiter la soviétisation des pays de l’Est et provoquer, en Europe orientale, une fracture profonde de la gauche.

Sur le plan économique, le Conseil d’Assistance Economique Mutuelle ou COMECON (en anglais Council for Mutal Economic Assistance) institutionnalise le contrôle économique dès 1949. Cette organisation permet à l’URSS de s’ingérer dans la politique économique de ses partenaires et d’exploiter leurs économies. En sus, des accords militaires scellent la formation du bloc de l’Est. Ce sont les traités bilatéraux qui permettent à l’URSS de placer les pays socialistes sous son contrôle militaire, le Pacte de Varsovie en 1955 qui intègre toutes les armées socialistes et qui est la réplique de l’OTAN.

Ainsi en quelques années, deux blocs rigides se forment autour des USA de l’URSS de part et d’autre du  « rideau de fer » dénoncé dès 1946 par Winston Churchill.

      C – L’apogée de la guerre froide (1948-1953)

La grande peur d’une Troisième Guerre Mondiale dont le monde a pris conscience en 1947 devient, les années suivantes, une réalité quotidienne, avec la découverte de la réalité atomique. La célèbre boutade de Raymond Aron « paix impossible, guerre impensable » traduit bien le contexte qui prévaut caractérisé par des conflits par alliés interposés.

    • L’Europe au cœur de la guerre froide

Deux crises majeures touchent l’Europe centrale en 1948.

    • la crise Tchécoslovaque (Février 1948) :

La Tchécoslovaquie est en 1948 le pays le plus démocrate du camp socialiste. Toutefois, Staline y jouit d’un prestige considérable pour avoir libéré le pays sans détruire Prague, véritable joyau architectural et pour avoir fait se retirer l’armée rouge après la libération. Aussi, va-t-il condamné les accords de Munich de 1938. Par ailleurs, les communistes sont bien représentés dans le pays et dirigent un gouvernement de large union par l’intermédiaire du communiste Klement Gottwald (1896-1953).

Mais au début de l’année 1948, les difficultés économiques et les projets de réformes sociales attisent les divergences entre la gauche et les partis modérés qui accusent Gottwald de préparer l’installation d’une dictature communiste. Ainsi les ministres des partis modérés démissionnent, espérant provoquer une crise de régime et des élections anticipées et un remaniement en leur faveur.

Le Parti Communiste et les syndicats, déjà forts du soutien de l’armée, en appellent aux éléments ouvriers, organisés en milice. Ils organisent de grandes manifestations qui obligent le président Edouard Benès à ratifier la démission des ministres modérés et à accepter un ministère communiste homogène préparé par Gottwald. L’installation du totalitarisme avec l’épuration de l’administration est dès lors rapide avec la victoire des communistes.

Le « coup de Prague », où les communistes prennent le pouvoir sans effusion de sang et sans intervention directe, mais discrète, soviétique, est considéré par les Occidentaux comme un véritable coup d’Etat. Il permet à l’URSS de compléter son glacis en Europe orientale, et surtout, il sert de prétexte à une double évolution dont les termes sont la création de deux Etats allemands et la signature du Pacte Atlantique.

    • le blocus de Berlin (Juin 1948- Mai 1949) :

A la fois symbole et enjeu de l’antagonisme des blocs, l’Allemagne va constituer le premier théâtre d’envergure de la guerre froide. Impressionnés et traumatisés par le coup de Prague, les occidentaux décident d’accélérer dans leur zone la reconstitution d’un Etat allemand économiquement et politiquement fort, susceptible de faire barrage au communisme.

Les négociations à quatre sur le statut à donner à l’Allemagne étant dans l’impasse une fois de plus, les trois occidentaux se réunissent à Londres (Juin 1948) et prennent des décisions qui préparent la naissance d’un nouvel Etat allemand à partir de leurs zones d’occupation. Trois décisions importantes sont prises

      • Création de la « tri zone » par unification des trois zones occidentales d’occupation ;
      • Election d’une assemblée constituante annoncée le 7 juin 1948 ;
      • Création d’une nouvelle monnaie annoncée le 20 juin 1948 (le Deutsche mark, valant un dixième de l’ancien Reichsmark).

Ces mesures sont, aux yeux des soviétiques, en contradiction flagrante avec les accords de Potsdam. Ils y répondent le 24 Juin 1948 en fermant complétement le trafic terrestre (routier et ferroviaire) entre Berlin et les trois zones occidentales afin d’asphyxier la ville pour tenter d’en chasser les occidentaux et de se l’accaparer. « Ni abandon, ni Troisième Guerre Mondiale… On reste à Berlin » annonce H. Truman. Les Américains ripostent en organisant un impressionnant pont aérien qui va fonctionner pendant presque une année. Le blocus ayant échoué, Staline préfère ne pas insister. En Mai 1949, le trafic terrestre reprend.

La crise de Berlin est utilisée par les Américains pour faire admettre à l’opinion publique occidentale le partage définitif de l’Allemagne et la création d’un Etat ouest-allemand, envisagée, en fait, depuis 1946. La RFA est institutionnalisée par l’adoption d’une Constitution le 8 Mai 1949 avec comme premier chancelier Konrad Adenauer, le 15 Novembre 1949. En riposte, la zone soviétique devient le 7 Octobre 1949 la RDA avec comme premier président  Wilhelm Pieck.

Par ailleurs, le blocus de Berlin lève les dernières hésitations du Congrès américain sur la signature du traité de l’Atlantique Nord.

    • La Guerre Froide devient « chaude » en Asie

En Asie, deux crises inquiètent l’opinion publique internationale surtout avec la découverte de la réalité atomique. C’est dans ce sens que s’inscrit l’appel de Stockholm par le Mouvement mondial de la paix pour l’interdiction de l’arme atomique qui reçoit des millions de signatures en Europe occidentale.

      • La victoire communiste en Chine

La guerre civile (1927-1937), interrompue pendant la guerre contre le Japon (1937-1945), reprend dès 1946. Elle oppose les communistes de Mao Zedong (Mao Tsé Toung) aux  nationalistes du Guomindang de Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi). Solidement implantés dans les campagnes du Nord-Ouest (Shanxi), les communistes déclenchent une guérilla avant de prendre l’initiative des combats à partir de Juillet 1947. Ils infligent de retentissantes défaites aux troupes nationalistes, soutenus par les USA mais déconsidérées pour leur corruption. Beijing (Pékin) tombe en Janvier 1949, Shanghai en Mai 1949 et Canton en Octobre 1949.  Jiang Jieshi, vaincu, se réfugie à Taïwan (Formose) sous la protection de la VIIème flotte américaine. Le 1er Octobre 1949, la République populaire de Chine est proclamée à Beijing par Mao.

Aussitôt proclamée, la RPC est reconnue par l’URSS et ses alliés. Le 14 Février 1950, Staline et Mao concluent à Moscou un « traité d’amitié et d’assistance  mutuelle ». Désormais, le camp socialiste s’étend de l’Elbe au Pacifique et dispose, avec l’URSS, de la bombe atomique. C’est une lourde défaite diplomatique pour les USA qui ne reconnaissent que le seul gouvernement nationaliste de Taïwan comme représentant légal de la Chine à l’ONU. L’URSS réagit en boycottant le conseil de sécurité de l’ONU à partir de Janvier 1950. C’est la politique de la « chaise vide ».

Les USA décident alors d’étendre à l’Asie la politique du « containment » en opérant  un véritable infléchissement de leur politique au Japon. D’Etat vaincu et occupé, le Japon se voit promu au rang de sentinelle du « monde libre » face à la Chine et à l’URSS. Ainsi, le traité de paix avec le Japon est signé en 1952. Par ailleurs, la victoire chinoise bouleverse les données géostratégiques dans l’Est et le Sud-Est asiatiques. Les communistes vietnamiens et nord-coréens se sentent épaulés par la Chine dont la victoire stimule les mouvements insurrectionnels dans les archipels asiatiques. En Asie comme en Europe, la guerre froide semble contraindre les peuples à choisir leur camp.

      • La guerre de Corée

La défaite japonaise lors de la Seconde Guerre Mondiale avait entrainé le démantèlement de son empire ce qui a impliqué la perte de la péninsule coréenne qui est divisée de part et d’autre du 38ème parallèle en deux zones. L’URSS est en charge du Nord et les USA du Sud. En 1948, deux Etats qui revendiquent chacun l’ensemble du territoire sont formés. Au Nord, à Pyongyang, siège le gouvernement communiste prosoviétique du général Kim Il Sung ; au Sud, à Séoul, gouverne autoritairement Syngman Rhee.

La victoire communiste en Chine encourage les Nord-Coréens à attaquer brusquement le Sud (le 25 Juin 1950), qui est presque totalement envahi. Les USA, profitant de l’absence de l’URSS au Conseil de Sécurité, font décider par l’ONU l’envoi d’une force armée internationale, commandée par le général Mac Arthur pour aider la Corée du Sud. Les « forces onusiennes » repoussent alors les troupes de la Corée du Nord, d’abord jusqu’au 38ème parallèle puis jusqu’à la frontière chinoise (1ière phase). La RPC réagit en envoyant des milliers de « volontaires » qui repoussent les troupes de l’ONU. Mac Arthur propose le bombardement de la Chine ce qui entraine sa révocation par H. Truman qui veut éviter un troisième conflit mondial et nucléaire. Pendant l’hiver 1950, les forces de l’ONU doivent se replier, et le front se stabilise autour du 38ème parallèle. Dès Juillet 1951, des négociations qui durèrent deux ans aboutissent à la signature de l’armistice de Panmunjom le 27 Juillet 1953 qui consacre une « paix blanche » sur la base des frontières antérieures au conflit.

La guerre de Corée donne à la guerre froide une dimension mondiale. Elle a de profondes conséquences politiques et militaires. En Asie, les USA renforcent leur dispositif d’alliances. Le traité de paix et de sécurité avec le Japon signé en 1952 est complété par le Pacte de sécurité du Pacifique (ANZUS). En Europe, la guerre de Corée conduit les Occidentaux à proposer le réarmement de l’Allemagne fédérale dans le cadre d’une communauté européenne de défense. Enfin la guerre de Corée, qui a permis l’expérimentation d’armes nouvelles relance la course aux armements. L’URSS dispose de la bombe H en 1953, une année après les USA.

II – 1953 à 1975 : De la coexistence pacifique à la détente et de la logique bipolaire

      A – 1953-1962 : De la coexistence pacifique et de la logique bipolaire

La période qui s’ouvre à partir de 1953 se démarque nettement des périodes antérieures. En effet, l’année 1953 marque à plus d’un titre un tournant dans les relations Est/Ouest. La signature de l’armistice de Corée, la mort de Staline (05 Mars) et la première bombe H de l’URSS sèment une évolution dans les relations Est/Ouest. Les deux grands entrent désormais dans une phase dite de « coexistence pacifique », ce qui entraine un dégel sans pour autant que les tensions sporadiques disparaissent. Les deux grands règlent désormais leurs rapports sur deux principes implicites (non-dits) :

    • ne pas intervenir dans la zone d’influence directe de l’autre ;
    • éviter la guerre nucléaire.
  • La théorie de la coexistence pacifique

Formulée en 1956 au XXème congrès du PCUS par Nikita Khrouchtchev, mais en application depuis 1953, la théorie de la coexistence pacifique ne signifie pas l’arrêt de la lutte contre l’impérialisme américain. Aussi, le triomphe à long terme du socialisme demeure-t-il toujours le but à atteindre. Selon N. Khrouchtchev, la guerre avec les puissances impérialistes n’est plus inévitable et les deux systèmes peuvent désormais exister côte à côte dans la paix. La compétition avec le camp occidental doit, précise-t-il, se situer sur le terrain idéologique, culturel, scientifique et économique.

   1 – Les facteurs de la coexistence pacifique

Plusieurs facteurs expliquent ce revirement dans les relations Est/Ouest de 1953-1975 :

    • les raisons politiques avec le renouvellement des personnels et des orientations politiques 

Dans le bloc de l’Ouest, le général Dwight David Eisenhower qui succède à H. Truman est adepte du « Roll back » à la place du « containment ». Son secrétaire d’Etat, Foster Dulles, faisant sienne la « théorie des dominos». Dans le bloc de l’Est, J. Staline, décédé est remplacé par Nikita Khrouchtchev qui dénonce les crimes de son prédécesseur et engage une « déstalinisation » et propose une nouvelle stratégie de politique internationale dans laquelle le capitalisme et le communisme  coexisteraient.

Par ailleurs, on assiste à l’apparition d’un troisième bloc caractérisé par sa neutralité. C’est le groupe des « non alignés » (le Tiers-monde) qui s’affirme d’abord à Bandung en 1955 et ensuite à Belgrade en 1961.

    • la contestation au sein des blocs

Dans le bloc de l’Ouest, il y a la contestation de la suprématie américaine par la France du général De Gaulle qui reconnait la RPC et qui se retire de l’OTAN en 1966 et qui condamne l’intervention américaine dans la guerre du Vietnam. Dans le bloc de l’Est, les fissures étaient plus nombreuses. On peut noter la rupture sino-soviétique en 1960, les initiatives réformatrices en Pologne avec Wladyslaw Gomulka (1905-1985) et en Hongrie avec Imre Nagy et le « Printemps de Prague » en Tchécoslovaquie en 1968.

    • l’équilibre de la terreur

La prise de conscience des risques d’une guerre nucléaire au cours de laquelle chacun pourrait intégralement anéantir son adversaire, mais pourrait aussi être largement anéanti en seconde frappe, réduit les ardeurs dans chaque bloc. On parle ainsi de    l’ « équilibre de la terreur ».  L’URSS dispose de la bombe atomique et de la bombe H tout comme l’USA.

    • les raisons économiques

Confrontée à une situation économique et sociale préoccupante, l’URSS est soucieuse de combler son retard technologique et industriel. Au même moment, les USA, fidèle au principe du capitalisme libéral, convoitent les marchés de l’Europe orientale.

   2 – Les manifestations de la coexistence pacifique

Les bonnes dispositions et démarche des deux camps portent des résultats probants.

    • Sur le plan diplomatique on note ce qu’Henri Kissinger appelait la « diplomatie triangulaire» entre les USA-URSS-CHNE. La résolution pacifique de la guerre du Vietnam avec la Conférence de Genève le 20 Juillet 1954 ainsi que la visite de N. Khrouchtchev à Camp David en septembre 1959 constituent des manifestations de la coexistence pacifique. Il en est de même de l’abandon de la politique du durcissement « Roll back » initié par Foster Dulles et de la mise à l’écart du sénateur Eugène McCarthy.
    • L’URSS a aussi fait des concessions. Elle adhère à l’UNESCO en Août 1954, reconnait la RFA en Mai 1955 et apaise ses relations avec Josip Broz « Maréchal Tito » de la Yougoslavie et dissout le Kominform.

Toutefois, cette coexistence pacifique repose sur des bases fragiles et présente des limites. La seconde crise de Berlin et la crise des fusées de Cuba en constituent de bonnes illustrations.

   3 – La seconde crise de Berlin et la crise des fusées de Cuba

  • Berlin 13 Août 1961

Depuis 1949, l’impasse subsiste sur la question allemande liée surtout au refus de la RFA de reconnaitre la RDA. Dans ces conditions, Berlin devient un foyer permanent de tensions, d’autant plus que Berlin-Ouest sert de tremplin pour l’émigration vers la RFA (près de 3 Millions). Soutenue par l’URSS, la RDA exige un nouveau statut pour Berlin. Khrouchtchev déclare que Berlin-Ouest doit être annexé par la RDA ou internationalisé sous contrôle de l’ONU. Il menace de signer un traité séparé si, dans un délai de six mois, il n’a pas obtenu satisfaction.

La conférence au sommet prévue de Paris pour traiter ces problèmes ayant échoué, l’URSS agit unilatéralement. Les autorités est-allemandes, dans la nuit du 12 au 13 Août 1961, font construire un mur entre les secteurs occidentaux et le secteur soviétique de la ville.

Le « mur » met fin aux nombreux départ vers Berlin-Ouest et la RFA qui constitue une contre propagande pour l’URSS. Aussi, met-il fin aux nombreux spéculations contre la monnaie de la RDA. Le « mur » symbolise aussi durablement (28 années) pour l’Occident l’absence de liberté dans les pays socialistes.

  • Des fusées à Cuba

C’est surtout la crise des fusées de Cuba qui semble compromettre la paix du monde. Dans cette île de la mer des Caraïbes, Fidel Castro a chassé en 1959 le dictateur Batista, soutenu par les américains. Il procède à des réformes agraires provoquant l’hostilité de Washington qui décide alors d’asphyxier Cuba en fermant le territoire américain au grand produit d’exportation cubain, le sucre. Puis les USA préparent une intervention militaire en soutenant le débarquement d’exilés anticastristes entrainés et armés par les USA pour renverser le gouvernement de F. Castro. Le débarquement dans la baie des Cochons (Avril 1961) échoue et persuade Castro de proclamer Cuba comme une république socialiste et de réclamer à l’URSS des missiles nucléaires.

En mi-octobre 1962, les services américains révèlent l’installation à Cuba de rampes de lancement de missiles soviétiques dirigés contre les USA. Considérant que la sécurité des USA est menacée, John Fitzgerald Kennedy annonce le blocus autour de l’île et l’interception, si nécessaire, de navire porte-missiles par l’arme nucléaire. Le monde entier est soudain suspendu  à la menace d’une possible guerre nucléaire.

Les deux grands négocient alors sur la tête de Castro. La fermeté de Washington contraint Moscou au retrait des fusées (28 octobre 1962), mais, en contrepartie, Washington s’engage à respecter l’intégrité de Cuba et à accepter une close secrète, le retrait de ses missiles installés en Turquie.

Le bras de fer psychologique auquel cette crise de Cuba a donné lieu aboutit à un début de détente.

      B – 1962-1975 : De la détente et de la logique bipolaire

A partir de 1962 on assiste à une détente dans les relations Est-Ouest due à plusieurs facteurs et qui se traduit par plusieurs acquis

   1 – Les facteurs de la détente

  • L’ « équilibre de la terreur »

Il influe fortement sur les stratégies militaires. La conception américaine du « tout ou rien » est  abandonnée au profit de la réplique graduée (flexible response) qui doit être proportionnée à l’intensité des crises diplomatiques. C’est à partir des années 1960 que les Américains mettent en place leur système dit de « defcond » (defense condition), gradué à cinq niveaux dont le dernier déclenche la guerre nucléaire. C’est la doctrine MacNamara. La stratégie soviétique s’accorde assez mal avec le scénario américain. Pour l’URSS, la guerre nucléaire ne peut être qu’une guerre totale et dans ces conditions il convient de posséder sur l’adversaire la supériorité quantitative, pour obtenir un résultat décisif au niveau de la « première frappe ».

  • La contestation et la fissuration au sein des blocs:

Dans le camp occidental, la France du général De Gaulle conteste la suprématie américaine avec le rejet du « grand dessein » de Kennedy sur le monopole américain sur les décisions relatives à la bombe atomique. Ceci provoque le retrait de la France de l’OTAN en Mars 1966 et de l’OTASE ainsi que l’affirmation de son indépendance complète et son ouverture avec les pays communistes.

Dans le camp socialiste, des initiatives réformatrices sont notées en Roumanie avec des velléités d’indépendance politique et économiques. En Tchécoslovaquie, Dubcek multiplie les mesures de libéralisation pour construire un « socialisme à visage humain » ce qui conduit à la fin du  « Printemps de Prague ». La rupture sino-soviétique  constitue l’événement majeur de cette période de contestation et de fissuration dans le bloc socialiste.

  • Les difficultés internes des deux grands :

L’URSS connait une période de stagnation économique aggravée par un important retard technologique. Les révélations sur les crimes de Staline, les sympathies rencontrées par les dissidents dans le monde non communiste ont affaibli la position internationale de l’Union Soviétique.

Aux USA, le mouvement pacifiste, né de la guerre du Vietnam, se développe. Les minorités, les noires surtout, s’agitent ; les zones de pauvreté s’étendent ; de nombreux intellectuels remettent en cause l’américan way of life.

   2 – Les acquis de la détente

Les leadeurs deux superpuissances conscients des changements stratégiques, économiques et politiques intervenus dans le monde adoptent de nouvelles doctrines.

  • La doctrine Nixon-Kissinger qui prône une diplomatie triangulaire entre les USA-URSS-CHINE dans le contexte de la rupture sino-soviétique et qui traduit la politique de rapprochement avec la Chine. Une proposition d’un nouveau partage des responsabilités dans le cadre d’une nouvelle charte Atlantique est faite à l’Europe.
  • La doctrine soviétique vise une ouverture aux importations et à la technologie occidentale pour combler leur retard.

Ainsi dans les années 1960, la détente est à son apogée avec la mise en place en 1963 de la liaison téléphonique directe, le « Téléphone rouge », entre Washington et Moscou. Plusieurs accords sont signés parmi lesquels :

    • Interdictions des explosions atomiques (sauf les explosions souterraines) en 1963 ;
    • Accord sur la dénucléarisation de l’espace en 1967 ;
    • Traité de Washington sur la non-prolifération des armes nucléaire (TNP) signé par les USA, l’URSS et le Royaume-Uni en Juillet 1968 mais refusé par la France et la Chine ;
    • Accords sur la dénucléarisation des fonds des océans le 11 Février 1971 ;
    • Accords de Moscou ou Strategic Arms Limitation Talks 1 (SALT I) le 26 Mai 1972 sur la limitation des missiles antibalistiques et les armes offensives stratégiques. Ce traité est d’autant plus un aspect essentiel de la détente que nouvelles négociations  (SALT II) commencent aussitôt après.

Cependant, au milieu des années 1970, une période de tensions commence avec la « guerre fraîche ».

III – 1975-1990 : De la « guerre fraîche » à un monde multipolaire.

Après 1975, dans un climat alourdi par la crise liée aux chocs pétroliers, les relations Est-Ouest ne cessent de se détériorer. Faute de s’affronter directement, les superpuissances s’opposent par pays interposés dans un monde où les ensembles géopolitiques sont de plus en plus interconnectés. L’imbrication étroite des phénomènes stratégiques et économiques, le rôle croissant des opinions publiques expliquent le tournant pris, depuis 1986, dans les relations internationales. Ce revirement dans les relations Est-Ouest est considéré comme une seconde guerre froide d’où le terme de « guerre fraiche ».

     A – Le contexte

  • Les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 fragilisent les économies occidentales et alourdissent le climat des relations Est-Ouest.
  • La guerre du Vietnam : Elle a opposé la guérilla du Viet- Kong appuyée par les soviétiques et le sud soutenu massivement par les Etats-Unis. Ces derniers interviennent militairement aux côtés de leurs alliés à partir de 1965 par l’envoi de 500000 hommes qui s’empêtrent dans le « bourbier vietnamien» sans toutefois réussir à briser la résistance communiste. Cette défaite morale va sévèrement affecter l’exécutif américain.
  • Renouvellement des personnels politiques et des orientations politiques
    • Aux USA, Richard Nixon démissionne 1973 à cause du scandale du Watergate et fut remplacé par Gerald Ford remplacé par Jimmy Carter dont la politique extérieure constitue un véritable échec. Au cours de cette période l’exécutif américain est dans le doute et dans l’assoupissement à cause de plusieurs échecs. En 1980, Ronald Reagan arrive au pouvoir et met en place une politique de durcissement envers l’URSS qu’il qualifie du « diable sur la terre ». Selon nouveau patron de l’aile Ouest de la maison blanche, on ne peut négocier avec l’URSS qu’en position de force.
    • En URSS : Léonid Brejnev remplace N. Khrouchtchev et, profitant de l’assoupissement américain (sous Nixon, Ford et Carter), adopte la politique de la « stratégie oblique » en tentant une percée dans le Tiers-monde et en voulant intégrer les anciennes colonies du Portugal et de l’Espagne  (Angola, Mozambique, Ethiopie). Ceci va entrainer des conflits par pays interposés en Asie et en Amérique Latine. Il sera remplacé par Mikhaïl S. Gorbatchev en Mars 1985 qui change l’orientation politique de l’URSS en en donnant la priorité à sa politique de la Perestroïka (rénovation) et de la Glasnost (transparence).
  • Armements nouveaux et évolution des doctrines stratégiques

L’ « équilibre de la terreur » avait sans doute garanti la paix entre les grandes puissances mais ne les a pas empêchées de poursuivre leurs efforts respectifs pour s’assurer une supériorité décisive. L’objectif visé est double : d’une part détruire les armes nucléaires stratégiques de l’adversaire à leur point de départ ou durant leur parcours ; d’autre part protéger ses propres armes nucléaires stratégiques de toute destruction préalable. C’est ainsi que les armes nucléaires antiforces font leur apparition.  En 1983, R. Reagan lance son projet appelé « Initiative de Défense Stratégique » (IDS), plus connu sous le nom de guerre des étoiles, destiné à détruire tous les missiles provenant des bases de l’adversaire.

Cette situation est annonciatrice d’une reprise des hostilités. Ce retour à une logique de confrontation qui s’explique par la volonté américaine de contrecarrer le communisme dans le monde est qualifié par L. Brejnev de « guerre fraîche ».

     B – Les crises de la guerre fraîche

Cette période est marquée par deux événements majeurs. C’est le déclenchement de la bataille des euromissiles et l’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques.

        1 – La bataille des euromissiles

Dans ce nouveau contexte, les questions relatives au contrôle des armements se trouvent au centre des relations Est-Ouest. La décision des soviétique de déployer en Europe des missiles SS 20, puissants et mobiles, à partir de 1976, inquiète les dirigeants de l’Europe occidentale qui craignent un déséquilibre des rapports de force sur le théâtre européen étant donné le non engagement nucléaire automatique des USA dans un conflit limité en Europe.  Pour parer à ce risque, en 1983, le Conseil atlantique décide d’installer dans les pays de l’OTAN des fusées Pershing II et des missiles de croisière (les Cruise) malgré un important mouvement pacifiste en Europe.

Cette décision suscite une vive réaction du Kremlin qui affirme que cette décision remettait en question les Accords de SALT II dans la mesure où les euromissiles américaines pouvaient atteindre l’URSS alors que les SS 20 ne pouvaient pas atteindre les USA. En Novembre 1983, R. Reagan propose « l’option zéro » pour l’Europe : les Soviétiques démantèleraient leurs SS 20 et les USA renonceraient à l’installation des Pershing II et des Cruise. Cette proposition est rejetée par Moscou avec détermination à cause de l’hésitation et de la division des gouvernements européens sur la question. Par ailleurs, l’attitude de Moscou est encouragée par le développement d’un puissant mouvement pacifiste en Europe occidentale que la déclaration de R. Reagan, envisageant la possibilité d’une guerre limitée au théâtre européen, a renforcé.

Cette tension s’estompe avec le changement politique intervenu en URSS en Mars 1985 avec la fin de la Nomenklatura et la disparition des vieux leadeurs du PCUS.

        2 – L’invasion de l’Afghanistan

La présidence de Jimmy Carter illustre les incertitudes de la politique américaine. Il décide, dans un premier temps, de lier la détente au respect soviétique des droits de l’homme. Dans son esprit, une bonne utilisation de cette arme idéologique peut aboutir à la déstabilisation des régimes totalitaire.

Toutefois, l’intervention soviétique en Afghanistan, le 24 Décembre 1979, remet tout en question. Les rapports entre Moscou et Washington se tendent. En réponse, les USA adoptent une série de mesure de rétorsion comme la suspension de vente de céréales à l’URSS, la non-ratification des accords de SALT II du 18 Juin 1979 par le Congrès américain, le boycott des Jeux Olympique de Moscou de 1980 par les Américains ; autant de signes manifestes du changement de climat qu’aggrave quelques mois plus tard la crise polonaise.

La tension s’accroit après l’élection de R. Reagan à la présidence des USA en Novembre 1980. Reagan défend une politique interventionniste, « révolution conservatrice » et de fermeté, concrétisée par le débarquement des forces américaines dans l’île de Grenade pour contrer le coup d’Etat pro cubain (23 Octobre 1983) et le soutien militaire aux guérillas anticommunistes au Nicaragua, en Afghanistan et en Angola.

C’est cette reprise soudaine des tensions entre les deux superpuissances qui relance la course aux armements et qui expliquent d’une part l’Initiative de Défense Stratégique (IDS) lancé par Reagan pour édifier un bouclier spatial contre les armes nucléaire.

     C – 1985-1990 : De la paix froide à la paix

A partir de 1985, une nouvelle donne politique et économique suscite une évolution dans les relations Est-Ouest vers la paix.

En URSS, Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev arrive au pouvoir dans un contexte intérieur catastrophique : économie délabrée, système politique corrompu, bureaucratie incompétente, niveau de vie très faible. Gorbatchev lance alors un vaste programme de Pérestroïka et de Glasnost pour relancer l’économie soviétique. Pour lui, le succès de ce programme est impossible sans une politique étrangère fondée sur la « nouvelle pensée ». Celle-ci repose selon lui sur le dévouement d’une guerre nucléaire et la péremption des notions traditionnelles de guerre et de paix.

Aux USA, dès sa réélection en 1984, R. Reagan commence à modifier son attitude envers l’URSS. Il y est contraint par la médiocrité des résultats de sa politique de redéploiement tous azimut (interventionnisme) et par les limites que les difficultés économiques imposent aux USA. Le déclin relatif de l’économie américaine, menacée par les progrès japonais et le déficit croissant du commerce extérieur, implique une limitation de l’accroissement des dépenses militaires.

Dès lors, les deux grands parlent d’un « monde contradictoire mais interconnecté et interdépendant ». Cette nouvelle détente favorise la reprise du dialogue Est-Ouest avec des accords mettant fin à la bataille des euromissiles, la reprise des négociations sur le désarmement (le traité de Washington du 07 Décembre 1987) et la résolution de plusieurs conflits (Nicaragua, Afghanistan, Namibie, Cambodge). En un peu plus de deux ans, M. Gorbatchev et R. Reagan se sont rencontrés à quatre reprises. La voie de la discussion gagne du terrain sur l’impasse des armes, permettant d’afficher un optimisme mesuré.

En 1988, l’URSS se retire de l’Afghanistan et sa domination sur l’Europe de l’Est est remise en cause. Alors beaucoup de pays abandonnent le communisme (entre 1989 et 1991). C’est le cas de la PologneLech Walesa arrive au pouvoir par suffrage universel. D’autres pays en font de même (Hongrie, Tchécoslovaquie, Bulgarie, Roumanie…). Le 9 novembre 1989, c’est la chute du mur de Berlin qui permet la réunification de l’Allemagne en octobre. Le pacte de Varsovie et le CAEM son dissouts en 1991 et l’URSS  se disloque : c’est la fin de la guerre froide.

La portée du traité de Washington : Pour la première fois, des armes nucléaires vont être détruites, même dans une proportion minime. Pour la première fois, les deux Grands acceptent un système de contrôle et d’inspection vérifiable. Ce traité ouvre par ailleurs la voie à des négociations sur la diminution de 50% de tous les armements stratégiques.

CONCLUSION

La fin de la seconde guerre mondiale avait été suivie par une forte bipolarisation du monde caractérisée d’abord par une guerre froide (1947-1953) ensuite, une coexistence pacifique et une détente (1953-1975) et enfin, une guerre fraîche (1975-1990) entre les USA et ses alliés d’une part et d’autre part l’URSS et ses satellites. L’implosion du bloc soviétique et l’échec des expériences communistes en Europe de l’Est consacrent le triomphe total du système capitaliste de démocratie libérale. Une nouvelle ère caractérisée par la mondialisation et la globalisation s’ouvre dans les relations internationales. Aussi la fin de la bipolarité Est-Ouest laisse entrevoir un monde multipolaire ancré dans des espaces interdépendants. Ce nouveau contexte donne une acuité inédite aux rapports Nord-Sud.

 

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